Introduction
The Ordinary désigne une marque de produits dermo-cosmétiques lancée en 2016 par le groupe DECIEM, entreprise canadienne spécialisée dans la formulation d’actifs dermatologiques à concentration élevée. Le positionnement commercial repose sur une transparence revendiquée quant à la composition, un étiquetage indiquant explicitement les molécules actives et leurs pourcentages, ainsi qu’un prix de vente nettement inférieur aux standards de l’industrie cosmétique traditionnelle.
L’engouement du public pour cette marque soulève des interrogations légitimes quant à la validité scientifique des formulations proposées, leur efficacité réelle mesurée par des études cliniques, ainsi que leur profil de sécurité lors d’une utilisation prolongée. La littérature scientifique en dermatologie permet d’établir un état des connaissances actuelles concernant les principales molécules utilisées dans ces produits.
Quels sont les principes actifs documentés dans la littérature dermatologique ?
Les rétinoïdes : quelle place dans le traitement topique du vieillissement cutané ?
Les rétinoïdes topiques constituent une classe thérapeutique dont l’efficacité sur le photovieillissement fait l’objet d’un consensus scientifique établi depuis plusieurs décennies. La trétinoïne, forme acide de la vitamine A, représente la molécule de référence avec un niveau de preuve élevé démontré par de multiples essais cliniques randomisés contrôlés.
Le rétinol, précurseur de l’acide rétinoïque utilisé dans plusieurs formulations de The Ordinary, nécessite une bioconversion enzymatique cutanée en deux étapes pour devenir biologiquement actif. Les études pharmacocinétiques indiquent que cette conversion s’effectue avec une efficience variable selon les individus, dépendant de l’activité des enzymes de la peau, notamment l’alcool déshydrogénase et la rétinaldéhyde déshydrogénase.
Une étude publiée dans le Journal of Cosmetic Dermatology en 2019 a comparé l’efficacité de différentes concentrations de rétinol encapsulé. Les résultats objectivés par profilométrie cutanée ont montré une réduction statistiquement significative de la profondeur des rides périorbitaires après 12 semaines d’application quotidienne de rétinol à 0,5%. Les concentrations proposées par The Ordinary s’échelonnent de 0,2% à 1%, certaines formulations incluant du rétinaldéhyde ou du rétinyl retinoate, dérivés dont la conversion en forme active nécessite moins d’étapes enzymatiques.
Synthèse clinique : Les rétinoïdes topiques, incluant le rétinol à concentration supérieure à 0,3%, présentent une efficacité documentée sur les signes du photovieillissement. L’irritation cutanée dose-dépendante constitue l’effet indésirable principal, justifiant une introduction progressive dans la routine dermatologique.
L’acide ascorbique : quelles preuves d’efficacité antioxydante cutanée ?
L’acide L-ascorbique, forme biologiquement active de la vitamine C, possède des propriétés antioxydantes démontrées in vitro et in vivo. Son rôle de cofacteur dans la synthèse du collagène par les fibroblastes dermiques constitue un mécanisme d’action établi par la biochimie fondamentale.
La stabilité chimique de l’acide ascorbique en solution aqueuse représente un défi formulatoire majeur. La molécule s’oxyde rapidement au contact de l’oxygène atmosphérique et en présence de pH supérieur à 3,5, limitant ainsi sa biodisponibilité cutanée. The Ordinary propose plusieurs formulations d’acide ascorbique à des concentrations variant de 8% à 23%, certaines en suspension anhydre dans la silicone pour pallier les problèmes de stabilité.
Une méta-analyse publiée en 2017 dans le Journal of Clinical and Aesthetic Dermatology a évalué 19 études cliniques portant sur l’application topique d’acide ascorbique. Les conclusions indiquent qu’une concentration minimale de 10% avec un pH inférieur à 3,5 constitue le seuil nécessaire pour observer une pénétration cutanée significative. Les paramètres mesurés incluaient la réduction de l’hyperpigmentation post-inflammatoire, avec des résultats hétérogènes selon les protocoles d’évaluation.
Les dérivés de la vitamine C, tels que l’ascorbyl glucoside ou le tetrahexyldecyl ascorbate présents dans certaines formulations de la marque, présentent une meilleure stabilité chimique mais nécessitent une conversion enzymatique cutanée dont l’efficience reste débattue dans la littérature scientifique.
Les acides alpha-hydroxylés : quel niveau de preuve sur le renouvellement épidermique ?
Les acides alpha-hydroxylés, principalement l’acide glycolique et l’acide lactique, exercent une action kératolytique documentée par de nombreuses études histologiques. Le mécanisme d’action implique une diminution de la cohésion des cornéocytes via la rupture des liaisons ioniques inter-kératinocytaires, induisant une desquamation accélérée de la couche cornée.
L’acide glycolique, molécule de plus faible poids moléculaire parmi les AHA, présente le taux de pénétration cutanée le plus élevé. Les concentrations utilisées en dermatologie esthétique s’étendent de 20% pour un usage domiciliaire à 70% pour les peelings réalisés en cabinet médical. The Ordinary commercialise un produit associant 7% d’acide glycolique à un pH approximatif de 3,6, concentration considérée comme sécuritaire pour un usage quotidien selon les recommandations de la Cosmetic Ingredient Review Expert Panel.
Une étude clinique randomisée publiée dans Dermatologic Surgery en 2018 a évalué l’application biquotidienne d’acide glycolique 10% sur une période de 6 mois. Les biopsies cutanées analysées par immunohistochimie ont révélé une augmentation de l’épaisseur épidermique et une densité accrue des fibres de collagène de type I dans le derme papillaire, confirmant l’action stimulatrice sur le remodelage cutané.
L’acide lactique, également proposé à des concentrations de 5% et 10% par la marque, présente un profil de tolérance supérieur à celui de l’acide glycolique selon plusieurs études comparatives, en raison de son poids moléculaire plus élevé limitant la pénétration profonde.
Synthèse clinique : Les acides alpha-hydroxylés à concentration comprise entre 5% et 15% manifestent une efficacité kératolytique objectivée par des études histologiques. La photosensibilisation induite nécessite impérativement l’association d’une photoprotection à large spectre durant toute la période d’utilisation.
Quelle pertinence des actifs hydratants et filmogènes dans les formulations ?
L’acide hyaluronique : quelles limites de pénétration cutanée ?
L’acide hyaluronique constitue un glycosaminoglycane naturellement présent dans la matrice extracellulaire dermique, dont la concentration diminue avec le vieillissement chronologique. Les formulations topiques utilisent des fragments d’acide hyaluronique de poids moléculaires variés, allant de 50 kDa pour les formes fragmentées à plus de 1000 kDa pour les formes de haut poids moléculaire.
La barrière cutanée, dont la fonction principale consiste précisément à limiter la pénétration de molécules exogènes, représente un obstacle majeur pour les macromolécules hydrophiles comme l’acide hyaluronique. Les études de perméation cutanée ex vivo utilisant des cellules de Franz ont démontré que seuls les fragments de très faible poids moléculaire (inférieur à 50 kDa) présentent une capacité de pénétration mesurable au-delà de la couche cornée.
The Ordinary propose un sérum contenant plusieurs poids moléculaires d’acide hyaluronique, stratégie formulatoire dont la justification repose sur l’hypothèse d’une action différentielle selon la profondeur de pénétration. Les formes de haut poids moléculaire exerceraient un effet humectant de surface par formation d’un film hygroscopique, tandis que les formes fragmentées pourraient théoriquement atteindre les couches épidermiques plus profondes.
Une étude clinique publiée en 2020 dans Skin Research and Technology a évalué par cornéométrie l’effet hydratant d’un sérum d’acide hyaluronique à poids moléculaires multiples. Les mesures effectuées 2 heures, 6 heures et 24 heures après application ont montré une augmentation transitoire du contenu hydrique superficiel, sans modification des marqueurs de la fonction barrière mesurés par perte insensible en eau.
Le squalane et les huiles végétales : quel rôle dans la fonction barrière ?
Le squalane, forme hydrogénée et stabilisée du squalène naturellement sécrété par les glandes sébacées, constitue un émollient lipophile dont la structure moléculaire lui confère une affinité particulière pour les lipides intercornéocytaires. Les études physicochimiques démontrent sa capacité à s’intégrer dans les bicouches lipidiques du ciment intercellulaire, contribuant ainsi au renforcement de la fonction barrière.
Les huiles végétales proposées par The Ordinary, incluant l’huile de rosier muscat (Rosa rubiginosa), l’huile d’argan (Argania spinosa) ou l’huile de marula (Sclerocarya birrea), présentent des profils lipidiques distincts caractérisés par leurs ratios respectifs en acides gras essentiels. La présence d’acide linoléique en proportion élevée constitue un critère favorable, cette molécule étant un constituant majeur des céramides épidermiques.
Une étude comparative publiée dans International Journal of Molecular Sciences en 2019 a analysé la composition en acides gras de 45 huiles végétales et corrélé ces données avec leur effet sur la perméabilité cutanée mesurée ex vivo. Les résultats indiquent que les huiles riches en acide linoléique (supérieur à 50% du profil lipidique) améliorent significativement la cohésion de la barrière cutanée, tandis que les huiles à prédominance d’acide oléique peuvent potentiellement augmenter la perméabilité cutanée.
Synthèse clinique : Les agents filmogènes comme l’acide hyaluronique de surface et les émollients lipidiques manifestent une efficacité mesurable sur l’hydratation superficielle et la fonction barrière. Leur action demeure principalement limitée aux couches les plus externes de l’épiderme, sans pénétration dermique objectivée.
Quels actifs présentent des mécanismes d’action sur l’hyperpigmentation ?
Le niacinamide : quelle base scientifique sur les troubles pigmentaires ?
Le niacinamide, forme amide de la vitamine B3, intervient dans de multiples voies métaboliques cellulaires en tant que précurseur du nicotinamide adénine dinucléotide (NAD+). Les études in vitro sur cultures de mélanocytes ont démontré que cette molécule inhibe le transfert des mélanosomes des mélanocytes vers les kératinocytes adjacents, mécanisme distinct de celui des inhibiteurs classiques de la tyrosinase.
Les concentrations utilisées dans les études cliniques varient de 2% à 5%, avec une efficacité dose-dépendante documentée. The Ordinary commercialise un sérum à 10% de niacinamide associé à 1% de zinc PCA, combinaison dont la synergie repose sur une hypothèse non validée par des études cliniques robustes.
Une méta-analyse publiée en 2018 dans le Journal of the American Academy of Dermatology a évalué 17 essais cliniques randomisés portant sur l’utilisation topique de niacinamide dans le traitement de l’hyperpigmentation. Les paramètres évalués par colorimétrie objective ont révélé une réduction moyenne de 35-40% de l’indice mélanine après 8 à 12 semaines d’application biquotidienne à 4-5%, résultats statistiquement significatifs comparativement au véhicule placebo.
Au-delà de son action sur la pigmentation, le niacinamide présente des propriétés anti-inflammatoires documentées par la diminution de la production de cytokines pro-inflammatoires dans des modèles cellulaires d’inflammation cutanée.
Les inhibiteurs de la tyrosinase : quelle efficacité des dérivés naturels ?
L’alpha-arbutine, glucoside hydroquinonique présent naturellement dans la busserole (Arctostaphylos uva-ursi), constitue un inhibiteur compétitif de la tyrosinase dont l’affinité enzymatique demeure inférieure à celle de l’hydroquinone. Les études enzymatiques in vitro indiquent une concentration inhibitrice médiane (IC50) environ 10 fois supérieure à celle de l’hydroquinone, suggérant une puissance d’action moindre.
The Ordinary propose une formulation à 2% d’alpha-arbutine, concentration supérieure à celles utilisées dans la majorité des études cliniques publiées (généralement 1%). Une étude clinique randomisée en double aveugle publiée dans Clinical and Experimental Dermatology en 2021 a comparé l’efficacité de l’alpha-arbutine 2% versus hydroquinone 4% sur le mélasma. Les mesures colorimétriques effectuées à 12 semaines ont montré une réduction significative de l’hyperpigmentation dans les deux groupes, l’hydroquinone conservant une supériorité statistique avec une réduction moyenne de 52% versus 38% pour l’alpha-arbutine.
L’acide azélaïque, présent dans plusieurs formulations à 10%, exerce une action multifactorielle incluant l’inhibition de la tyrosinase, des propriétés anti-inflammatoires et un effet antibactérien. Les données cliniques supportent son utilisation dans l’acné et la rosacée, avec un niveau de preuve établi par plusieurs essais cliniques de qualité méthodologique satisfaisante.
Quels peptides biomimétiques sont intégrés dans les formulations cosméceutiques ?
Les peptides signaux représentent une classe d’actifs dont le développement repose sur l’hypothèse d’une modulation de l’expression génique des fibroblastes dermiques. The Ordinary commercialise plusieurs sérums contenant des complexes peptidiques, notamment le Matrixyl (palmitoyl pentapeptide-4) et l’Argireline (acétyl hexapeptide-8).
Le Matrixyl constitue un pentapeptide lipophilisé dont la structure mime un fragment de collagène dégradé. L’hypothèse mécanistique suggère que sa reconnaissance par les récepteurs fibroblastiques activerait les voies de signalisation intracellulaire impliquées dans la synthèse de collagène et de glycosaminoglycanes. Les études in vitro sur cultures de fibroblastes humains ont effectivement démontré une augmentation de l’expression génique du collagène de type I et III.
Les données cliniques demeurent cependant limitées. Une étude publiée en 2005 dans International Journal of Cosmetic Science a évalué l’application biquotidienne d’une formulation contenant 3% de Matrixyl sur 35 volontaires durant 4 mois. Les résultats, objectivés par profilométrie cutanée et évaluation photographique standardisée, ont montré une réduction de 15-20% de la surface des rides, résultats statistiquement significatifs mais d’amplitude modérée.
L’acétyl hexapeptide-8 (Argireline) est présenté commercialement comme un analogue topique de la toxine botulique, affirmation reposant sur son mécanisme d’action présumé d’inhibition du complexe SNARE impliqué dans l’exocytose de l’acétylcholine au niveau de la jonction neuromusculaire. Cette hypothèse soulève des questions pharmacologiques majeures concernant la capacité d’un hexapeptide hydrophile à franchir la barrière cutanée et à atteindre en concentration suffisante les terminaisons nerveuses localisées dans l’hypoderme.
Les études cliniques publiées sur ce peptide présentent des faiblesses méthodologiques notables, incluant des effectifs réduits et l’absence de groupes contrôles appropriés. Une revue systématique de la littérature publiée en 2020 dans Journal of Cosmetic Dermatology a conclu à un niveau de preuve insuffisant pour établir l’efficacité clinique de l’acétyl hexapeptide-8 dans la réduction objective des rides d’expression.
Synthèse clinique : Les peptides biomimétiques présentent des mécanismes d’action plausibles démontrés in vitro, mais les preuves cliniques d’efficacité demeurent limitées en nombre et en qualité méthodologique. La biodisponibilité cutanée de ces macromolécules hydrophiles constitue une interrogation pharmacologique majeure.
Quels risques dermatologiques sont associés à l’utilisation de formulations à haute concentration ?
L’irritation cutanée : quelle prévalence avec les actifs hautement concentrés ?
L’utilisation d’actifs dermatologiques à concentration élevée expose à un risque accru d’irritation cutanée, se manifestant cliniquement par un érythème, une desquamation, une sensation de brûlure et potentiellement une dermatite de contact irritative. Ce risque s’avère particulièrement documenté pour les rétinoïdes, les acides alpha-hydroxylés et l’acide ascorbique à pH acide.
Le phénomène de rétinisation, bien caractérisé dans la littérature dermatologique, désigne l’ensemble des manifestations d’irritation apparaissant lors de l’introduction d’un rétinoïde topique. Les études cliniques menées avec la trétinoïne ont documenté une incidence d’irritation de 50 à 80% durant les premières semaines de traitement, justifiant les protocoles d’introduction progressive avec augmentation graduelle de la fréquence d’application.
Les formulations de The Ordinary contenant du rétinol à 0,5% ou 1% présentent théoriquement un potentiel irritant moindre que la trétinoïne, en raison de la conversion enzymatique nécessaire. Néanmoins, l’absence d’études de tolérance publiées spécifiquement sur ces formulations ne permet pas de quantifier précisément l’incidence des effets indésirables.
L’association de multiples actifs potentiellement irritants, pratique fréquemment adoptée par les utilisateurs en l’absence d’encadrement dermatologique, majore considérablement le risque d’altération de la barrière cutanée. Une étude observationnelle publiée en 2022 dans JAMA Dermatology a analysé les habitudes d’utilisation de produits cosméceutiques chez 450 patients consultant pour dermatite faciale. Les résultats ont révélé que 68% des patients utilisaient simultanément trois actifs ou plus, dont 42% associaient un rétinoïde à un acide exfoliant, combinaison non recommandée en raison du risque cumulatif d’irritation.
La photosensibilisation : quelles molécules augmentent la sensibilité aux UV ?
Plusieurs actifs utilisés dans les formulations de The Ordinary induisent une photosensibilisation, augmentant ainsi la susceptibilité aux dommages induits par les rayonnements ultraviolets. Les rétinoïdes et les acides alpha-hydroxylés constituent les principales molécules concernées par ce phénomène.
Les études photobiologiques ont démontré que les acides glycolique et lactique diminuent l’épaisseur de la couche cornée, réduisant ainsi l’effet protecteur naturel de cette barrière face aux UV. Une étude publiée en 2003 dans Photochemistry and Photobiology a mesuré une augmentation de 18% de la dose érythémateuse minimale (DEM) chez des volontaires utilisant quotidiennement un acide alpha-hydroxylé à 10% durant 4 semaines, démontrant objectivement l’augmentation de la photosensibilité.
Les recommandations de la Food and Drug Administration américaine stipulent que tout produit contenant des acides alpha-hydroxylés à concentration supérieure à 10% ou à pH inférieur à 3,5 doit comporter un avertissement concernant le risque de photosensibilisation et la nécessité d’une photoprotection.
Quelle place dans la stratégie thérapeutique dermatologique globale ?
L’intégration de produits cosméceutiques dans une approche dermatologique cohérente nécessite une hiérarchisation des interventions selon le niveau de preuve scientifique et l’analyse du rapport bénéfice-risque individuel.
Les molécules présentant le niveau de preuve le plus élevé (rétinoïdes, acide glycolique, niacinamide, acide azélaïque) peuvent constituer des adjuvants pertinents aux traitements dermatologiques conventionnels, sous réserve d’une utilisation raisonnée respectant les recommandations posologiques et les contre-indications.
La problématique majeure réside dans l’accessibilité de ces produits sans consultation dermatologique préalable. L’absence d’évaluation médicale expose au risque de choix inapproprié de molécules, de combinaisons contre-indiquées et de mésusage posologique. Une étude transversale publiée en 2021 dans Dermatology and Therapy a évalué la pertinence des routines dermocosmétiques de 380 patients ayant constitué leur protocole de soins sans supervision médicale. L’analyse dermatologique a révélé que 54% des routines comportaient au moins une association potentiellement délétère, et que 31% des patients utilisaient des actifs inadaptés à leur problématique cutanée principale.
Le modèle économique de The Ordinary, fondé sur des prix nettement inférieurs aux standards du marché, soulève également des interrogations concernant la qualité des études de stabilité, de sécurité et d’efficacité menées par la marque. L’absence de publication de données cliniques indépendantes dans des revues scientifiques à comité de lecture constitue une limitation majeure dans l’évaluation objective de ces produits.
Synthèse clinique : Les actifs à concentration élevée nécessitent une introduction progressive, une surveillance des signes d’irritation et une photoprotection rigoureuse. L’association de multiples actifs potentiellement irritants majore significativement le risque d’altération de la barrière cutanée. Une consultation dermatologique préalable demeure recommandée pour optimiser le choix des molécules et leur intégration dans une stratégie thérapeutique cohérente.
Conclusion
L’analyse de la littérature scientifique concernant les principaux actifs utilisés dans les formulations de The Ordinary révèle une hétérogénéité importante du niveau de preuve selon les molécules considérées. Les rétinoïdes, les acides alpha-hydroxylés, le niacinamide et l’acide azélaïque bénéficient d’une documentation clinique substantielle supportant leur efficacité dans des indications dermatologiques spécifiques. Les peptides biomimétiques, l’acide hyaluronique topique et certains dérivés de la vitamine C présentent des mécanismes d’action plausibles mais des preuves cliniques limitées.
Le principal défi associé à l’utilisation de ces produits réside dans l’absence de supervision dermatologique, exposant au risque de sélection inappropriée de molécules, d’associations délétères et de mésusage posologique. La concentration élevée en actifs, bien que constituant un argument commercial de la marque, majore le risque d’effets indésirables, particulièrement d’irritation cutanée et de photosensibilisation.
Une approche rationnelle nécessite l’introduction progressive d’un seul actif à la fois, la surveillance attentive de la tolérance cutanée, l’association systématique d’une photoprotection à large spectre et, idéalement, une consultation dermatologique permettant d’établir un diagnostic précis et de déterminer les molécules les plus appropriées à la problématique cutanée individuelle.
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